Pause surréaliste 14

avec la patience du diable la tortue sanguine des îles flottantes de l’Océanie attend l’aurore pour disposer malicieusement sa douzaine d’œufs bouillonnante sous un lit de sable vanillé sur lequel se prélassent des amandes caramélisées par le feu ardent de l’astre diurne qui ce jour-là a rendez-vous avec la lune rouge écrevisse pêchée dans les eaux troubles des songes amers où nage furtivement la murène cosmopolite qui envie l’homme-grenouille qui veut se faire aussi gros que le bœuf mais dépassé d’une courte tête par les événements l’homme qui a des grenouilles vert clair à pois rouges dans le ventre et des cadavres exquis chamarrés gonfle d’insolence d’insomnie et de souvenirs émus puis se mue en chasseur-cueilleur de champignons hallucinogènes engloutis en un éclair par la tortue psychédélique qui admire le ciel et s’extasie devant la formation d’un nuage de lait de coco chanel dont la petite robe noire jaillit de la machine à coudre avec parapluies de Cherbourg pour les demoiselles de Rochefort qui ne comprennent qu’à demi-mot la mise en scène occulte d’un Dionysos en train à grande vitesse d’ériger un tétracontagone à quarante sommets enneigés injustement inaccessibles aux heures de pointe et d’embouteillage de vin de grand cru récolté sous une lune rouge écrevisse pêchée lors de la grande marée du siècle de l’infini sevrage

Bernard B

Pause surréaliste 13

depuis la nuit des temps le vieil homme et l’enfant observent la migration de l’ours blanc bipolaire de rien n’y comprendre et l’air de perdre le Nord et la raison pour laquelle la banquise n’est plus son exquise demeure un jour ou l’autre car l’avenir de l’ours blanc crème fouettée par les crimes climatiques rétrécit comme une peau de chagrin sous la voûte étoilée au centre de laquelle la Grande Ourse si fébrile a besoin à toute heure d’un défibrillateur afin que les pulsations aphrodisiaques du Grand Chariot dépassent le rythme subliminal du troisième mouvement des quatre saisons de Vivaldi car c’est la saison blanche et sèche qui amène les migrants à quitter bon gré mal gré le rivage des Syrtes à l’aide de leurs rêves pneumatiques gonflés à l’espoir aérien que pour espérer jouir du réchauffement empathique du cœur de l’homo habilis dont le visage en trompe-l’œil et l’expression empreinte de faux-semblants s’accordent pour créer l’illusion du mouvement perpétuel des étoiles de mer de glace que le vieil homme admire pendant que l’enfant au regard vitreux fond en larmes de verre qui se brise en mille éclats stellaires que respire l’ours en peluche de propylène à repriser l’étoffe meurtrie de la banquise

Bernard B

Pause surréaliste 12

une mante religieuse vêtue de son habit vert perroquet se repaît de ses songes prophétiques dans l’ascenseur spatial qui poursuit en douceur sa descente énergétique vers l’anthropocène de théâtre de boulevard planté d’arbres artificiels vendus en kit à la foire d’empoigne par un homo sapiens marchand d’illusions d’optique qui déforment la réalité perçue par les autochtones noctambules d’une ville en transition réduite en poudre par l’explosion de rires jaunes d’un puissant manipulateur de boulier chinois qui coûte que coûte joue à la roulette russe avec les dieux qui rêvent de danser avec le diable au corps dont le poids est proportionnel à la masse des particules élémentaires qui deviennent des électrons libres de toutes les conventions de Genève promue capitale de la fête de l’amour mais pas la guerre sainte nitouche parfois au but quand les ailes du désir de la mante religieuse brûlent à vouloir pénétrer l’antre trop obscène habité par des anges déchus pour avoir hier adoré la sacro-sainte croissance et banni les herbes folles du champ des possibles laissé aujourd’hui en jachère par un homo sapiens devenu adepte de la résilience

Bernard B

Pause surréaliste 11

la majestueuse fourmi volante aux ailes diaphanes s’assoupit dans la paume de la main gauche de l’ineffable gardien du phare qui diffuse des idées lumineuses par intermittence du spectacle donné chaque soir au café théâtre de la rue des soupirs et demi-soupirs qui valent plus que la moitié d’un méli-mélomane devenu sans anicroche le chef d’orchestre d’un port d’attaches parisiennes et de trombones à coulisse comme la peau d’albâtre d’une sirène charmée par un fabulateur qui affabule de savon afin de laver les cerveaux cousus de fil blanc qui suivent le fil rouge des souvenirs d’une enfance passée sur la dernière exoplanète découverte grâce à l’intuition nasale alors même que les papes d’Avignon qui ont du nez la croient plate comme une feuille de vigne vierge parfumée et chauffée au bain-marie si amène devant l’éternel gardien sans fard du monde des affaires rangées méticuleusement dans une pièce à tiroir écrite avec tant de vice par un fabulateur versatile qui chaque soir programme son four à micro-ondes radiophoniques sur lesquelles est retransmise la voix lascive de la sirène d’un jour de pleine lune

 

Bernard B

Pause surréaliste 10

sous une lune d’un bleu outremer deux permaculteurs trentenaires à vif se sentent si outrés et si amers de savoir leurs tomates assignées à résidence porte Maillot qui moule si bien le corps diplomatique réuni dans la bibliothèque de Babel afin de rapatrier la Cœur de bœuf la Noire de Crimée et la Cornue des Andes qui viennent de s’évader d’un panier à salade et d’échapper à une brochette de poulets en batterie survoltés dans un brouhaha hallucinant qui contraint le permanent sculpteur de légumes à sortir d’un songe d’une nuit d’été caniculaire et à prendre le funiculaire pour se hisser sur le toit du beau monde des beaux quartiers de kiwi précieusement disposés sur une pièce montée à l’envers dans un atelier du seizième arrondissement de la ville de Dubaï devenue une minuscule île flottante dans les eaux thermales du Nil dont profitent chaque année les naïades abonnées à la formule magique qui transforme l’eau en poudre d’escampette que n’hésite pas à prendre le chasseur-cueilleur de tomates prêtes à l’emploi juteux après de longues études passées au jardin botanique de la porte Maillot jaune remporté haut la main droite puis la gauche par un bipède d’outre-manche propulsé sur son vélocipède aux roues de langue de bois d’aubaine qui rayonnent bien au-delà des tubes canoniques à l’obsolescence programmée sur toutes les chaînes de la médiathérapie de groupe cotée en bourse des paris sous contrôle du livre des comptes perdus par des gnomes provenant d’Elfes d’Aquitaine aux stations d’huiles essentielles de tomate poivrée dont se servent les naïades pour masser le corps diplomatique

Bernard B

Pause surréaliste 9

comme chaque soir veille la vieille dame longiligne à ligne brisée par le rêve d’une valse de Vienne à mille temps passés à danser avec les loups de mer rouge de mer noire et de mer morte de peur de se jeter à l’eau de vie quotidienne dans une baignoire sans fond où tout corps plongé reçoit une ancestrale poussée de bas en haut de l’arbre généalogique qui fleurit chaque hiver dans l’île de la rituelle réunion qui commence au crépuscule et s’achève en minuscules que des gens de lettres mélangent avec de belles fraises cueillies au bois dormant très peu la nuit si bien que la femme si grande d’âme en peine d’épancher ses larmes de crocodile en profite pour arroser son jardin secret mais aussi celui du voisin qui peste contre la toute croissance de l’herbe folle semée par le propriétaire des lieux-dits à voix haute que n’entend point la muse d’un âge très allongé sur le cerf- volant qui traverse le siècle des lumières à basse consommation dont les prix ne cessent de chuter sur les lourds pavés sous lesquels la plage déroule son tapis pourpre d’émotion de sueur et de sang qui s’écoule paisiblement dans les veines d’un marchand de sables mouvants dans lesquels s’enfonce la vieille dame longiligne à ligne de fond d’un puits de rêveries de la promeneuse solitaire

Pause surréaliste 8

deux équipes de criquets nomades s’affrontent en hockey sur glace à la vanille fondue sur le toit végétalisé d’une tour infernale dans l’une des îles des Cyclades dont l’économie circulaire est égale au produit du diadème de la princesse de Clèves par le nombre de pies qui bavardent en langue des cygnes sous la voûte céleste qui contient des myriades et myriades d’étoiles de mer qui se reproduisent le premier lundi de chaque mois en mode recto verso au fond de la piscine olympique des derniers jeux d’hiver du Sahara que la caravane du tour de France traverse de long en large et de haut en bas mais les cyclistes mécontents de tourner en rond renoncent aux astéroïdes qui abritent tant d’héroïnes de l’antique iniquité si diamétralement opposée aux valeurs de la république des idées neuves et d’occasion dont la cote arguée par de drôles de gus bouscule les agences de notation créées par des financiers qui jettent de la poudre aux yeux et de la poudre d’amendes sur les peuples nomades de criquets qui ne sont plus ok pour s’affronter sur les toits d’ardoise du monde

Bernard B